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les mots : le manuscrit
 

Fragments et discours XXIII, de Paul Béliveau

extrait

Il fait nuit. Seul un peu de la lumière du boulevard pénètre dans la chambre de motel
par une tranche de fenêtre ajourée. Tous deux sont immobiles, séparés. Elle, l’autre, l’amie fidèle, elle n’a gardé sur elle que son chemisier et s’est recroquevillée sur le lit. Lui, il l’observe, encore habillé, assis à ses pieds.
Il se grise de ses courbes et de sa peau blanche.
Il attend le moment, paroxysme précis, la seconde du touché. Et elle ne cille toujours pas. Lentement, il s’étend sur le drap. Il ne voit
plus que les jambes et la croupe. Le plaisir s’exacerbe, il s’en laisse irriguer, il veut l’épuiser. S’il bouge, il le profane. Quand il
se lève, sans bruit, mon personnage retire
ses vêtements. Puis il se penche sur le lit
et caresse une cuisse d’un furtif mouvement de lèvres. Elle tressaille. Il y applique une légère morsure. Un spasme parcourt sa peau. Alors
il plonge sa langue dans la raie fraîche. Elle palpite, halète, et aussitôt se tourne sur le dos, les jambes levées, repliées, écartées. Il mord la chair entre les cuisses, tout près de la vulve, entend un gémissement de douleur puis darde sa langue entre les nymphes avant que, par convulsion, elle ne referme les jambes sur sa tête et ne cesse de respirer. Avec les mains, il se libère, sépare les membres contractés, la couvre de tout son corps, et d’un coup, pénètre l’ouverture. Enfin, il effleure sa bouche. Enveloppé au plus chaud de son corps, mon personnage n’est plus qu’un éternel baiser.
(Le manuscrit, Première partie, II)


le point de vue de l’éditeur

Voilà qui situe dans quel univers se passe ce premier roman de LOUIS ÉMOND publié pour la première fois en l’an 2002. Les lecteurs et la critique y ont reconnu un écrivain pour qui l’écriture, somptueuse, confine au sacré. Une nouvelle manière de dire et une vision du monde prenante et émouvante, la naissance d’un grand écrivain dont on a dit :

Notre littérature nationale a besoin de son immense talent
- Réginald Martel, La Presse


C'est fort, c'est brutal, c'est intense.
- Didier Fessou, Le Soleil


Mélange de raison suave et de sensualité réfléchie que l’on n’a guère revu depuis Hubert Aquin
- Charles Gagnon, Voir

la presse 


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On peut emprunter Le manuscrit dans les bibliothèques municipales ou se le procurer en librairie.

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