L'auteur Louis Émond à la librairie Champlain

L'Article

Sophie Hautcoeur

L'Express

Semaine du 7 au 13 juin 2005

Samedi dernier, la librairie Champlain, a accueilli Louis Émond pour un après-midi de rencontre avec ses lecteurs. Alors que les haut-parleurs chantaient des airs francophones, l'écrivain d'une trentaine d'années, originaire de Lévis au Québec, a vu dans cet événement une manière d'annoncer la sortie de son deuxième roman et la réédition de son premier aux Éditions Trois-Pistoles.

Le Conte de Louis Émond vient de paraître. Il fait suite au premier roman de l'auteur, Le Manuscrit. Encore en projet, suivront certainement, Les Mémoires, L'Enquête, Les Petits mots et Le Manifeste.

Des titres qui font davantage référence à un genre littéraire plutôt qu'au récit lui-même. « Ils existaient effectivement dans une forme plus longue mais je me suis rendu compte que le reste n'était finalement pas très important », explique Louis Émond.

Une tendance à ne garder que l'essentiel qui se retrouve dans ses romans. L'écrivain aime l'idée de simplifier pour évoquer plutôt que de raconter. Un dépouillement qui lui plaît, qu'il recherche constamment et qui le pousse à relire et retravailler sans cesse ses textes. Ça et le fait d'avoir essuyé très longtemps les refus, parfois violents, des éditeurs.

Un long travail

L'écriture du Conte a commencé il y a une douzaine d'années. « Le livre a beaucoup évolué, affirme-t-il, des changements littéraires, stylistiques au début et puis dernièrement j'ai beaucoup réduit le texte. »

Un seul ajout : l'épilogue. Un éclaircissement demandé par les premiers lecteurs du roman mais qui reste énigmatique. Il ne faut pas trop en dire, livrer quelques réflexions de manière poétique et, comme dans un conte ou une légende, le doute subsiste.

Dans Le Manuscrit, Louis Émond raconte une histoire d'amour passionnée proche de celle qu'il a vécue. L'idée du Conte a fait son apparition juste après. « J'en étais à un point où je me disais que ma vie amoureuse était un échec tout comme ma vie artistique car aucun éditeur ne voulait me publier. C'était comme repartir à zéro », se remémore Louis Émond. Il prend alors conscience qu'il est encore vivant même si la mort viendra un jour. Il se dit que l'amour peut réapparaître.

La vie prend tout son sens

Et en plein dans cette phase de vulnérabilité et de grande réceptivité, son frère a un fils. Le premier enfant de la famille. Louis se met à réfléchir sur le sens de la vie, ce fameux « à quoi bon ». Tous ces éléments se retrouvent dans Le Conte. Les personnages que l'écrivain appelle A, B et C symbolisent la mort, l'amour et la vie. L'histoire : le jeune homme nommé A, emmène son fils nouveau-né dans son périple. Il marche sans relâche pour retrouver son propre père, C, d'abord et puis s'établir quelque temps dans une sorte de ville souterraine où il fera la connaissance de ses voisins L et Hoc.

Louis Émond a terminé l'écriture du Conte à Singapour où il a passé deux ans pour suivre sa compagne Mélanie. Celle-ci l'a d'ailleurs entraîné dans beaucoup d'autres voyages, en Inde et au Vietnam entre autres. Dans un appartement avec une terrasse immense entourée de palmiers, il a trouvé le calme nécessaire pour travailler.

« Je peux écrire n'importe où mais j'ai besoin de beaucoup de tranquillité. Et c'est sans doute une obsession mais j'aime aussi que tout soit bien rangé. » Il ne peut pas non plus exercer d'autres emplois pendant ses périodes d'écriture. En ce moment, coordinateur des services en français à l'aide juridique, il se consacre plutôt à l'élaboration de ses plans, aux recherches pour ses futurs romans ainsi qu'à ses anthologies. Il rassemble des textes, des inspirations sur quelques thèmes qui lui tiennent à cœur : l'amour, le pouvoir aussi bien financier que politique, la création artistique ou l'écriture par exemple.

Quand l'histoire l'habite

La rédaction d'un livre demande beaucoup de concentration et même s'il peut réfléchir à plusieurs histoires en même temps, Louis Émond ne peut écrire qu'un texte à la fois. « Autrement ce serait un changement d'état d'esprit trop exigeant. Comme un comédien qui jouerait deux personnages dans deux pièces de théâtre le même soir. C'est sans doute possible mais encore une fois, très exigeant », assure Louis Émond.

S'il sait qu'un roman va être publié, il conserve alors un rythme de travail acharné. Pas question de rendre une copie qui ne donnerait pas entière satisfaction.

Quand Victor-Lévy Beaulieu des éditions Trois-Pistoles l'a appelé pour lui annoncer qu'il voulait publier le Conte et racheter les droits du Manuscrit à l'ancienne maison d'édition, Louis, à la fin d'une journée harassante, a eu beaucoup de mal à trouver ses mots au téléphone. De la fatigue certes mais aussi une belle surprise.

Le monde littéraire avait enfin choisi cet enfant turbulent, destiné, au départ, à une carrière scientifique que des professeurs de lettres ont court-circuitée.

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